Prédication du 31/03/2012

Esaïe 50, 4-7 ; Philippiens 2, 6-11 ; Marc 11, 1-11, Ps 24

…Portes, levez la tête ! Levez-la portails antiques ! Qu’il entre le roi de gloire ! – Qui est ce roi de gloire ? – Le Seigneur, le tout-puissant, c’est lui le roi de gloire…Ils amènent l’ânon à Jésus ; Ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s’assit dessus. Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d’autres des feuillages qu’ils coupaient dans la campagne… Que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père… Le Seigneur Dieu m’a donné une langue de disciple, j’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je n’ai pas caché mon visage face aux outrages et aux crachats. C’est que le Seigneur Dieu me vient en aide…

Il nous est proposé en ce dimanche des Rameaux de l’année 2012 de méditer et de prêcher sur quatre textes. J’aurais pu ne choisir qu’un seul texte et chercher à en extraire la substantifique moelle comme le conseillait Gargantua à Pantagruel son fils. Tous ces textes pris séparément sont comme toujours d’un grand intérêt, se correspondent les uns les autres et donnent ainsi au message biblique une grande uniformité. Toutefois cette uniformité du message n’interdit pas quelques variantes et si ces quatre textes que nous avons à commenter se rapportent tous à l’attente du peuple juif d’un messie et dans l’évangile de Marc à son entrée triomphale à Jérusalem, ils comportent des différences.

Le psaume 24, classé parmi les psaumes liturgiques, qui nous rappellent la grandeur de Dieu, sa sainteté et les conditions que nous devons remplir pour prétendre nous rendre dans son sanctuaire et obtenir sa bénédiction, se termine par deux couplets au ton martial où le psalmiste dit son impatience à voir venir Dieu en ce monde fort et vaillant, vaillant à la guerre. Ce psaume 24 pour les grecs et la vulgate, 23 pour les hébreux est un psaume dit de David, qui bien qu’écrit au 3ème siècle avant notre ère est vraisemblablement l’héritier d’une tradition plus ancienne, qui remonte au grand royaume de David et de Salomon et à la  puissance militaire d’Israël à cette époque.

Le texte d’Isaïe nous décrit un fidèle qui accepte d’être frappé, de voir sa barbe arrachée et de résister, sans honte, à ces outrages et aux crachats en rendant son visage dur comme le silex car il se sait soutenu par Dieu, s’appuie sur lui et met son assurance dans le nom du Seigneur. Ce texte date de la déportation à Babylone où le peuple juif qui a tout perdu, consigne par écrit son histoire et ses croyances afin de préserver son identité.

Ce même peuple ou plus exactement ses descendants sont à Jérusalem en ce dimanche d’avant la grande fête de Pâques. Le pays est occupé par les romains et en subit la loi. Ses chefs traditionnels, les grands prêtres collaborent avec l’occupant afin de préserver leurs privilèges, leur rang, leur fortune alors que le peuple souffre et espère après un chef qui rétablira plus de justice et rendra à Israël sa gloire. Il croit voir en Jésus ce chef et l’accueille triomphalement jetant sur le chemin ses manteaux ou de jeunes rameaux d’oliviers comme l’on déroule aujourd’hui des tapis rouges. Emporté par son espérance et son enthousiasme il ne voit pas que celui qu’il célèbre est monté sur un ânon le petit d’une ânesse et que cet équipage n’a rien de celui d’un grand chef militaire.

Les chemins de Dieu ne sont pas les chemins traditionnels des hommes. La force militaire aveugle, aujourd’hui l’aviation, les bombes et les tanks, hier les légions romaines et les machines de guerre ou de siège,  ne peut rien contre sa Parole qui, depuis des millénaires et par l’Evangile depuis deux mille ans, nourrit le monde et bouleverse les empires des plus petits aux plus puissants. Le Christ est arrivé à Jérusalem, monté sur un ânon mais malgré cet équipage dérisoire nous pouvons être assurés qu’un jour tout genou fléchira devant lui. Nous sommes les instruments de cette gloire à venir et la Parole de Dieu est là pour guider nos pas, acceptons de livrer notre dos et nos joues à ceux qui nous frappent et notre barbe à ceux qui nous l’arrachent, rendons notre visage dur comme un silex, ayons des mains innocentes et un cœur pur et nous verrons triompher la Parole de Dieu et les portes du Royaume s’ouvrir.

P. ZUBER

Prédication du 05/02/2012

Dans les temps anciens  et encore à l’époque du Christ la maladie était perçue comme un châtiment divin. Jésus soigne et guérit les hommes et les femmes qui viennent à lui. Ce pouvoir et ces miracles réalisés sont aux yeux des foules un signe qu’il est l’oint du Seigneur, celui que le petit peuple attend pour être libéré, guéri et vivre des jours meilleurs. Les disciples de Jésus hésitent et ne savent pas qui il est vraiment, Jean le Baptiste, Elie, un des prophètes. Seul Pierre comprend à ces guérisons et celle de l’aveugle en particulier qu’il est le Christ, l’oint du Seigneur, le messie, le fils de Dieu. C’est la raison pour laquelle il veut le protéger comme un personnage important et refuse d’accepter les souffrances que le Christ annonce et qu’il va endurer avant d’être relevé le troisième jour. Pierre se comporte là comme un homme respectueux de l’ordre établi et des hiérarchies de ce monde, mais jésus est un chef d’une autre nature, à la fois totalement homme et totalement Dieu, et sa réaction devant l’attitude de Pierre est violente jusqu’à le traiter de diable : « retire-toi ! Derrière moi Satan » et immédiatement  il fait venir la foule et leur dit que pour le suivre ils doivent se renier eux-mêmes et,  libérés de leur vie d’avant, naître à une vie nouvelle. Alors leurs yeux s’ouvriront peu-être.

Nous sommes comme des aveugles, nous ne voyons rien de ce monde ou tout du moins rien de ce qu’il serait important de voir. L’Evangile du Christ est là pour nous éclairer et nous permettre chaque jour de confirmer notre baptême  et de connaître la vie nouvelle promise dont l’essence et les valeurs sont toutes autres et éternelles. L’Evangile, si nous acceptons de la lire et d’en inspirer notre vie, nous ouvre les yeux et nous laisse entrevoir le Royaume de Dieu dont cette vie nouvelle n’est qu’un des éléments et les prémisses.

Une des voies, pour cheminer vers cette vie nouvelle et cette porte entrouverte sur le Royaume, nous est donnée par l’apôtre Paul qui se fait serviteur,  juif respectueux de la loi, païen sans loi, ou d’une autre nature pour convertir  les juifs, les païens ou les autres et leur faire connaître l’Evangile du Christ, la seule loi que Paul reconnaît vraiment.

La vie sur cette terre peut-être une succession d’échecs, des difficultés au sein d’un couple, une relation parents-enfants difficile, le chômage, l’absence de promotion et de satisfaction au travail, des difficultés financières, la perte du triple A, une gouvernance indigne au plus haut niveau des états. Mais elle peut-être aussi une relation à l’autre  enrichissante, à chaque instant de la vie, dans des situations aussi diverses que l’intimité familiale, l’engagement social ou politique. Cette relation à l’autre enrichissante nous est à tout moment conseillée dans l’Evangile qui nous rappelle, presque à chaque page, qu’il n’y a de relation à Dieu possible qu’à travers une relation à l’autre pleine, entière et égale en droits et en devoirs.

Allons dans le monde, vers les autres leur faire connaître l’Evangile et avec eux vivre pleinement la Bonne Parole.

P. ZUBER

Prédication du 20/01/2012

Jonas 3, 1-10 ; Marc 1, 14-20 ; 1 Corinthiens 7, 29-31 ; Ps 25

L’apôtre Paul, comme beaucoup de chrétiens de son époque, est persuadé que le temps est écourté, que le Royaume de Dieu est proche, que le Christ va revenir dans toute sa gloire et devant cette proximité, il nous invite à prendre de la distance vis-à-vis de notre quotidien et à le quitter pour vivre selon la Parole de Dieu. C’est l’exemple que nous donnent André, Simon, Jacques fils de Zébédée et Jean son frère dans l’évangile de Marc. Ils voient le Christ, l’écoutent, abandonnent tout et le suivent.

Jonas est plus rétif. Lui aussi est appelé mais il s’enfuit et se cache au fond d’une barque. La mer se déchaîne, Jonas comprend que la main de Dieu est derrière cette tempête et suggère aux marins de le jeter à l’eau.  La mer se calme.  Jonas, englouti par un poisson, y demeure trois jours et trois nuits, puis il en sort et répond à l’appel du Seigneur.  L’histoire de Jonas est celle d’une renaissance ou encore d’une résurrection au sens grec du terme qui veut dire suscité à nouveau. C’est aussi l’histoire de notre baptême où nous quittons une  vie d’avant, engloutis par l’eau du baptême,  pour renaître à une vie éclairée par la Parole de Dieu.

Comme Jonas, nous devons nous lever et partir dénoncer les erreurs que commettent les habitants des Ninives d’aujourd’hui et les convertir, chefs et peuples, afin que l’Evangile devienne leur loi et que chacun s’écarte de son mauvais chemin et de la violence qui reste attachée à ses mains.

L’Evangile, cette Parole vieille de 2000 ans est toujours d’actualité. Sans lui, l’esprit de nos lois serait différent.  Dans l’Empire Romain, la normalité était faite de peuples vainqueurs et de peuples vaincus, de maîtres aux pouvoirs discrétionnaires et d’esclaves sans aucun droit, de riches puissants et arrogants et de pauvres sans voix. L’Evangile a bouleversé cet ordre établi et nos lois d’aujourd’hui sont sûrement meilleures que celles de ces régimes anciens même si elles ne sont pas toujours appliquées ou applicables  parce que  trop nombreuses ou écrites pour satisfaire l’émotion populaire ou défigurées par des décrets que dictent les circonstances ou la volonté de quelques uns.  Ces lois bien qu’imparfaites sont un progrès que beaucoup de peuples nous envient à travers le monde.

C’est depuis le Christ et son Evangile que l’on reconnaît aux hommes le droit d’exister en tant qu’individus et que l’on reconnaît à ces individus la qualité de frères, qui suppose l’égalité en toutes choses. Tous les hommes et toutes les femmes dans le monde devraient pouvoir aujourd’hui prétendre à cette égalité dans la justice et la liberté. Il n’en est rien encore et pour nous autres chrétiens ce constat appelle une vigilance et un engagement aussi grand qu’aux premiers temps et une humilité égale à celle du psalmiste qui demande au Seigneur de ne plus penser à ses fautes, de lui enseigner son chemin et de le faire cheminer vers la justice. Soyons tous des Jonas, clamons la parole de Dieu pour que le monde se convertisse et soit sauvé. Dieu est bon et miséricordieux, répondons à son appel, agissons selon sa parole et ayons confiance.

                                                                                            P. ZUBER

Prédication du 08/01/2012

Marc 4, 1-9; Esaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Ps 72

A nouveau Jésus enseigne. Il est sur les bords de la mer de Galilée ou lac de Tibériade. La foule est si nombreuse qu’il n’a plus de place sur la plage et qu’il doit monter dans une barque, sur la mer et de là il lui parle en parabole avec dans ce passage rapporté par l’évangile de Marc un semeur qui sème du grain dont une partie tombe au bord du chemin, rapidement mangé par des oiseaux et donc perdu, une autre partie dans un terrain pierreux  qui lève aussitôt et périt  par manque d’eau, une troisième partie dans des épines qui l’étouffent  et enfin une quatrième partie dans  une bonne terre  où le grain germe, croît et donne du fruit, trente, soixante ou cent pour un.

Plusieurs lectures peuvent être faites de cette parabole. « Qui  a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » nous dit Jésus.

Qui est le semeur ? Dieu ? Jésus ? Les prophètes ? Des hommes tout venants? Qui est le grain ? Qui sont les sols, le pierreux, celui rempli d’épineux, les terres plus ou moins généreuses ?

Cette parabole peut  être entendue de façon différente selon que nous nous plaçons avant la venue du Christ, pendant sa venue ou après.

Avant sa venue, le semeur est vraisemblablement Dieu, le grain, la parole révélée aux prophètes, les sols, les bons et les mauvais prophètes mais aussi l’ensemble des hommes et en particulier la hiérarchie religieuse.

Au moment de sa prédication, le Christ semble bien être le semeur, le grain ses paroles ou Evangile, les sols, les hommes et les femmes de cette terre.

Aujourd’hui le grain est le corpus biblique avec toutes les paroles dites aux prophètes et celles rapportées par les évangiles. Les sols destinés à recevoir ce grain, c’est l’Eglise corps du Christ constituée d’hommes et de femmes plus ou moins généreux, plus ou moins engagés, plus ou moins soucieux des autres. Tous reçoivent la Parole, certains porteront du fruit, d’autres n’en feront rien.

La Parole de Dieu doit être semée en tous lieux. C’est une parole fragile soumise aux aléas du quotidien des hommes comme le grain est soumis aux aléas géographiques et climatiques

Nous sommes responsables de sa diffusion auprès de tous ceux que nous rencontrons mais un bon enseignement n’est pas que parole, il est aussi actes et exemples. Une fois la Parole semée, l’exemple donné, les actes accomplis il ne nous appartient pas de veiller à la germination du grain et à la croissance des plantes. Comme Eglise corps du Christ nous devons semer la Parole, la proposer. C’est là notre seule responsabilité même si des grains doivent se perdre d’autre seront là pour compenser la perte. Imaginer un système politique,  administratif, social qui veillerait à la croissance de cette parole aux seins des peuples et à sa traduction dans la vie de tous les jours est contraire à l’éthique de cette parabole et de l’Evangile.

La Bible, qui est la trace écrite par des hommes de cette Parole, est  un livre comme beaucoup d’autres, intéressant sur le moment mais oublié dès qu’il est refermé.  C’est là la fragilité de la Parole, mais cette Parole peut donner du fruit, soulever des populations entières et manifester  toute sa puissance.  L’Histoire, parfois même la plus récente, est riche d’exemples où le désir de justice et d’amour du prochain bouleverse l’ordre établi.

La Parole de Dieu n’est pas seulement destinée à un petit nombre d’élus. Elle s’adresse à tous. Elle est, nous dit l’apôtre Paul, un même héritage pour tous, même les païens. Ils sont tous membres du même corps, associés à la même promesse.

Cette Parole,  avec la venue du Christ,  nous est dite comme jamais elle ne l’avait été auparavant. C’est l’Evangile révélée par l’Esprit aux saints apôtres, aux prophètes et à la multitude.

Cette Parole est celle qui fera briller Jérusalem et illuminera l’univers, alors les nations et leurs responsables marcheront vers elle.

P. ZUBER

 

Prédication du 04/12/2011

Marc 1, 1-8. Esaïe 40, 1-8. 2 Pierre 3, 8-14.Psaume 57

Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
« Celui qui est plus fort que moi vient après moi,
et je ne suis pas digne, en me courbant,
de délier la lanière de ses sandales.
Moi je vous ai baptisé d’eau, mais lui
vous baptisera d’Esprit Saint. »

Esaïe comme Jean Baptiste ont le sentiment de la venue proche du Seigneur et nous appellent à nous préparer pour le recevoir et rendre droits ses chemins. La lettre de Pierre nous rappelle que pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Dieu se manifestera à nous et son règne viendra mais il ne nous appartient pas d’en connaître le moment. En revanche nous devons être prêts à rencontrer le Seigneur à tout instant.

Aujourd’hui nous sommes le deuxième dimanche de l’avent et nous sommes à la fin « de la longue attente ». Jésus, le sauveur, le fils de Dieu que nous attendons tous reviendra comme il est venu il y a 2000 ans. Depuis le 4ème siècle, nous célébrons sa naissance le 25 décembre de chaque année. Cette date est depuis toujours chargée d’espérance puisque avant l’ère chrétienne elle était la grande fête de la renaissance du soleil et donc la promesse de la continuité des temps et de la vie. Pour nous autres chrétiens, Noël est la promesse d’un monde nouveau, royaume promis, où selon les prescriptions de Dieu annoncées par les prophètes et rappelées dans les évangiles, chacun voudra pour son voisin ce qu’il aimerait pour lui-même dans une égalité totale de droits et de devoirs. Cet engagement moral, philosophique, politique, social, religieux, véritable vie nouvelle, nous l’affirmons par le sacrement du baptême.

A l’image des habitants de Judée nous devons nous faire baptiser. Ce baptême était avec Jean Baptiste un baptême d’eau ; il est devenu avec Jésus un baptême dont l’intensité et la signification rappelle la force ravageuse du feu. Comme après un  incendie violent et destructeur, il remet tout en question et nous impose de nous reconstruire et de poser les jalons d’une vie nouvelle. Ce baptême est un commencement. Par lui nous sommes remplis d’Esprit Saint. Cet Esprit nous éclaire et donne àla Parolede Dieu  rapportée par le texte biblique une dimension inégalée qui pour nous a force de loi. Une loi intemporelle, supérieure à toutes les lois humaines. Une loi qui trace nos chemins pour un monde meilleur, un monde juste, un monde Royaume de Dieu.

La parole de Dieu doit être notre guide. Nous ne pouvons pas nous contenter de n’être chrétiens que le dimanche à l’heure du culte ou lors de circonstances particulières. Nous devons être chrétiens dans notre famille, avec notre femme ou notre mari, nos enfants, nos parents, nos proches. Nous devons l’être aussi au travail, dans la vie associative, dans notre façon de consommer, de préserver les ressources naturelles, d’éviter les pollutions multiples et variées. Nous devons l’être encore devant nos responsabilités citoyennes par notre vote ou par des implications d’ordres divers dans la vie de la cité.

Aujourd’hui, dans le monde occidental, nous jouissons d’une relative liberté et de l’assurance de droits égaux et préservés. Les lois de nos différents pays sont en principe identiques pour tous les habitants et s’appliquent de façon égale à tous. Ce n’est pas le cas dans tous les pays du monde et certains n’ont pas pour tradition de reconnaître aux hommes et aux femmes le droit d’exister en tant qu’individus et d’être égaux en droits et en devoirs. Internet et la diffusion de la pensée occidentale et démocratique semblent beaucoup plus efficaces pour l’évolution de ces pays que leurs pratiques socio politiques ou leurs religions traditionnelles, même si les campagnes restent peu touchées par les médias modernes et ont,  par endroits pour un temps encore, porté au pouvoir des partis conservateurs.

Le monde occidental à la chance d’avoir connu le christianisme. Le monde romain, puissant, structuré mais profondément inégalitaire a basculé en trois siècles. Le christianisme devenu alors religion d’état a perdu de sa pertinence mais l’essentiel est resté et, bien que bridé par quelques classes dominantes, il a suscité la Réforme puis les philosophes, la constitution américaine et dans la foulée les démocraties modernes. Le monde d’aujourd’hui est loin d’être parfait et n’est pas encore porte du Royaume, mais des progrès ont été incontestablement accomplis. L’égalité entre les hommes et les femmes est une idée qui s’impose au monde. Les notions de races supérieures ou inférieures ne résistent pas à l’analyse scientifique. L’esclavage est devenu un crime …

Toutes ces évolutions et bien d’autres encore sont contenues dans les évangiles et proposées par elles. Soyons fiers d’être chrétiens et n’ayons pas peur d’affirmer nos valeurs. A la manière de Jean Baptiste devenons les messagers de cet évangile libérateur. Des peuples espèrent après nous, allons vers eux leur faire connaître la parole de Dieu et les baptiser  d’eau  afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint et « qu’ils s’engagent envers Dieu d’une bonne conscience ».

P. ZUBER

Prédication du 02/10/2011

Matthieu 21, 33-43 ; Esaïe 5, 1-7 ; Philippiens 4, 6-9

Dans l’évangile de Matthieu, un enclos clôturé avec soin, une tour, un pressoir et une vigne plantée avec amour de ceps beaux et vigoureux sont confiés à des vignerons alors que le maitre s’en va au loin. Dans le livre d’Esaïe, ce sont des plants de choix qui sont installés sur un coteau  plantureux avec une tour dans laquelle un pressoir est creusé. Mais les plants ne donnent que de mauvais raisins.

Chez Esaïe, la vigne est la maison d’Israël et chaque membre de la maison un cep de cette vigne. Dieu les a installés sur un coteau plantureux et ils ne donnent que de mauvais fruits. Dans l’évangile de Matthieu nous avons un degré supplémentaire de responsabilité avec des vignerons, une vigne et des ceps. Au temps du Christ, la Palestine est occupée par les romains et les chefs politiques qui étaient aussi des chefs religieux dirigent le pays en se soumettant aux ordres de l’occupant pour préserver leurs privilèges. Ces chefs religieux sont les vignerons de la parabole. A sa lecture, nous pourrions croire que le peuple asservi à ces hommes et, à travers eux, à l’occupant romain n’a aucune responsabilité dans l’échec que Dieu constate. Il n’en est rien et le texte d’Esaïe est là pour nous rappeler notre responsabilité d’individu devant tout événement ou toute situation de notre monde.

Ce monde aujourd’hui va mal. La misère, la précarité, la famine progressent partout. La Grèce est au bord de la faillite. L’Irlande, le Portugal, l’Italie ne vont guère mieux. Les banques françaises sont plombées par des emprunts toxiques. L’école de la République aggrave les différences sociales là où elle devrait les aplanir. Les services publics sont démantelés. Les riches ont multiplié par trois leurs avoirs en quelques années alors que les classes moyennes supportent l’essentiel de l’effort fiscal. Les pauvres sont de plus en plus pauvres et sont aujourd’hui 8 millions en France à vivre au-dessous du seuil dit de la pauvreté. La volonté, l’incompétence, les égoïsmes et l’irresponsabilité de quelques uns, au plus haut niveau des états, sont sûrement responsables de cette évolution dramatique et pernicieuse, mais par notre passivité et notre manque d’engagement nous sommes complices de ces pratiques inacceptables. Une vigne ne donnent pas de bons fruits par la faute des vignerons mais aussi par la faute des ceps.

Dieu nous a tout donné. Il nous a placés au sommet de sa création, nous a donné sa Parole et l’Esprit Saint  et parce qu’Il voulait nous faire confiance, Il est parti au loin pour que nous soyons totalement libres. Cette création qu’il nous a confiée, il l’a préparée avec amour comme un maitre prépare sa vigne pour que nous autres, ceps ou vignerons, y soyons le mieux possible.  Cette liberté, Il l’a voulue pour nous et c’est la raison de son absence. Cette liberté  est un des socles de notre croyance et elle est fondamentale car, sans elle, nous nous ne serions pas à l’image de Dieu. Mais cette liberté est aussi la raison de notre entière responsabilité, celle des descendants d’Adam et Eve chassés du paradis terrestre pour avoir mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et être devenu des êtres conscients mais responsables.

Prenons garde à notre environnement physique, social, politique, religieux… Ne rendons pas la terre inhabitable, agissons partout avec détermination, justice, douceur et amour à la mesure de nos dons respectifs et selon la Parole de Dieu dans un souci constant de paix et d’unité. Prenons garde à ne pas être comme ces vignerons qui rouent de coups et  tuent les serviteurs du maitre puis son propre fils et plantent des croix partout où ils se trouvent.

P. ZUBER

Prédication de 12/09/2012

Matthieu 18, 21-35 ; Genèse 50,15-21 ; Romains 14, 7-9

Un maître demande des comptes à son serviteur  qui ne peut pas honorer la dette qu’il a envers lui. Le maître décide le punir mais devant son repentir il lui pardonne et lui accorde un délai. Le maître compatit et propose une nouvelle alliance à ce serviteur qui  a failli. Le serviteur pardonné sort de chez son maître, rencontre un de ses débiteurs le roue de coups et le traîne en prison sans accepter de lui laisser un délai pour payer sa dette et de lui donner une nouvelle chance.

Le maître est Dieu, le serviteur est un homme comme nous autres tous ici rassemblés. La justice de Dieu n’est pas celle des hommes. Dieu pardonne, Dieu comprend, Dieux est miséricordieux, Dieu renouvelle son alliance. Les hommes sont lents au pardon, sont lents à la miséricorde et trop souvent voient la paille qui est dans l’œil de leur voisin alors qu’ils ignorent la poutre qui est dans le leur. L’histoire de la relation de Dieu aux hommes est une succession d’alliance déçues et pourtant toujours renouvelées.  Dieu a choisi l’homme pour le mettre au sommet de sa création et lui en confier sa gestion. Trop souvent nous oublions que cette terre et tout ce qu’elle porte est création de Dieu et que nous ne sommes propriétaire de rien. Nous disposons de certains biens le temps de notre vie. Nous devons les faire fructifier, les entretenir au mieux, les transmettre à ceux qui nous suivent comme nous les avons reçus de ceux qui nous ont précédés. Ces biens sont aussi variés que l’ensemble des activités humaines. Ils vont de notre environnement le plus proche à l’espace en général, de la terre cultivée et nourricière aux ressources minières et pétrolière, du bien-être de notre famille à celui de la société et de la totalité des pays du monde, de nos connaissances scientifiques, littéraires, philosophiques, artistiques à la Parole de Dieu….De tout cela nous devons être soucieux et en rendre compte à Dieu. La qualité de notre relation à Dieu dépend de notre sérieux, de notre honnêteté et de notre rigueur dans la gestion de la part de la création dont nous sommes responsables. Nous ne devons être indifférents à rien. Toute injustice, toute dégradation de l’environnement, tout abus dans l’utilisation des ressources, toute guerre, toute maladie, tout malheur, tout disfonctionnement social ou politique doit nous mobiliser et La parole de Dieu lue dans la Bible et là pour nous dire notre conduite devant ces situations.

Durant l’été et la vacance de nos cultes,  l’actualité internationale et  nationale fut riche. Je citerai le déplorable feuilleton de l’été où nous avons vu un homme promis aux plus hautes responsabilités trébucher pour ne pas avoir su maitriser des pulsions comparables à celles d’un vieux mâle dominant en rut. Puis ce même homme et sa femme ont choqué le monde ou au moins une partie de ce monde par un déballage d’argent, alors que le plus grand nombre vit au quotidien des difficultés financières avec parfois même des difficultés pour se nourrir, se loger ou faire éduquer ses enfants. Puis ce fut l’annonce entre autre choses de la fin du bouclier fiscal pour 2013 ou 2015 et le ménage dans des niches fiscales mais aussi le relèvement immédiat du plafond de l’ISF qui est un cadeau immédiat et conséquent à ceux qui déjà possèdent le plus. L’actualité a aussi été celle de la reconduite aux frontières ou dans des camps de rétention d’hommes de femmes et d’enfants comme vous et moi que nos sociétés rejettent depuis des siècles. Cette fois-ci ce ne sont pas les autobus de la RATP emblématiques du camp de Drancy de 1942 qui ont servi à ces déplacements mais une rame de tramway. Parfois même les enfants, dans les cris et les pleurs, ont été séparés de leurs parents. C’est là une justice d’homme et non la justice de Dieu ou celle de Joseph envers ses frères dans le texte de la Genèse.

Ces situations ne sont pas conformes à la Parole de Dieu ni à ce que Dieu attend de nous.  Nous aurons sur chacun de ces points et beaucoup d’autres encore des comptes à rendre. Nous devons aller dans le monde où par notre conduite et nos engagements nous ferons retentir la Bonne Parole, l’Evangile, et où notre justice sera à l’image de celle que nous enseigne Dieu. Le monde s’approchera alors du royaume attendu.

P.  ZUBER

Prédication du 03/02/2008 (Pierre ZUBER)

Matthieu 5, 1-12
Matthieu 12, 22-37
1 Corinthiens 1, 26-31

Ceux qui sont mal aimés, ceux qui sont faibles et doux, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui sont miséricordieux, ceux qui ont le cœur pur, ceux qui font œuvre de paix, ceux qui sont persécutés pour la justice, ceux que l’on insulte doivent être heureux et vivre dans la joie et l’allégresse.

Ce texte des béatitudes est difficile à comprendre et même à accepter. Nous devons être heureux et exprimer notre joie alors que chaque jour de cette vie nous apporte à nous et à ceux qui nous entourent son lot de difficultés avec des soucis de tous ordres. Souci d’argent pour ceux dont les salaires n’augmentent pas et dont les loyers sont chaque mois plus chers. Souci au supermarché où le prix du panier de la ménagère ne cesse de croître et où nous devons faire des choix de plus en plus restrictifs. Souci devant des vacances qui bientôt ne seront plus possibles ou alors très écourtées. Souci devant l’incertitude au travail pour nous même et pour nos enfants avec en fond de scène le spectre du chômage et de la précarité. Souci devant le droit à la santé qui bientôt ne sera plus et la santé sera un luxe réservé aux riches. Souci devant l’école qui selon le quartier sera bonne ou mauvaise…Les lois du libre échange, de la concurrence effrénée, des profits toujours plus grands pour des lendemains financiers meilleurs sont aujourd’hui une règle. Tous les jours des gens compétents et savants nous démontrent que l’Europe, que certains disent chrétienne, ne peut espérer exister qu’en acceptant les conditions dictées par le marché. Aux Etats-Unis les choses ne vont guère mieux et dans ce grand pays dirigé par un homme qui se réclame la main sur le cœur du christianisme évangélique, des milliers de foyer modestes se trouvent à jamais ruinés par le système surprimes qui en revanche a très largement profité à certains organismes bancaires qui aujourd’hui nous font part dans la douleur de pertes conséquentes en taisant savamment les profits antérieurs.

Doit-on gouverner et construire un pays pour les seuls profits et l’argent en éliminant tous ceux, qui pour des raisons diverses, sont incapables d’intégrer le système ? Ou bien pouvons nous imaginer une autorité supérieure dont les objectifs seraient un développement industriel durable, un commerce équitable et une réelle politique sociale dans toutes les dimensions de la vie des hommes ?

Nous avons sûrement, en tant qu’hommes et femmes, citoyens de tous les pays, responsables parentaux, une responsabilité dans ces choix et les béatitudes sont là pour nous rappeler qu’au plus profond de nos désespoirs et de notre misère, nous devons espérer et retrouver le chemin de la joie et de l’allégresse car Dieu n’ignore rien, Il est là, à nos côtés, pour nous secourir et nous sauver. Chaque passage de la Bible nous affirme sa présence en toutes circonstances. Faisons confiance à son Saint Esprit pour chasser les démons qui nous habitent et qui habitent ceux qui nous entourent. Vivons selon sa Parole pour qu’elle triomphe, pour que faibles nous devenions forts, pour que nos folles espérances d’égalité et de justice pour tous deviennent réalité, pour que l’argent et le pouvoir ne soient plus des richesses et pour que l’amour constructeur, roboratif et respectueux des différences devienne la règle de notre relation aux autres.

Pierre ZUBER
Aurillac, le 3 février 2008

Prédication de la Semaine de l’Unité des Chrétiens (Pierre ZUBER)

« Priez sans cesse »
(1 Th 5, 17)

Semaine de l’unité des chrétiens 2008 

Jean 17, 6-21
Es 55, 6-9
1 Thessaloniciens 5, 12a et 13-18

Cette lettre de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens choisie pour inspirer les prédications du centenaire de la Semaine pour l’unité des chrétiens est sûrement le plus ancien texte chrétien qui nous soit parvenu. Paul écrit cette lettre en 50 après Jésus Christ et il s’adresse à une communauté de la ville portuaire de Thessalonique, capitale de la province romaine de Macédoine, dont la plupart des membres sont vraisemblablement d’origine juive car les juifs étaient nombreux en cette ville riche et commerçante. Paul avait travaillé à Thessalonique quelques temps auparavant et il y avait annoncé l’Evangile réunissant autour de lui une assemblée de fidèles devenue l’Eglise de Thessalonique qui malgré son jeune âge souffrait déjà de dissensions.

Paul exhorte cette jeune communauté à vivre en paix : « vivez en paix entre vous » leur dit-il et, pour cela, il les invite à « prier sans cesse ».

La prière qu’elle soit personnelle ou communautaire est essentielle dans la vie des croyants. La prière est un temps privilégié qui permet d’approfondir notre relation à Dieu et à sa Parole et la relation à nos semblables, nos frères et sœurs de toutes conditions, de toutes origines, de toutes couleurs de peau.

Priez ensemble est important car là où deux ou trois sont réunis au nom du Christ, il est au milieu d’eux et quand nous prions seuls, il ne faut pas être comme les hypocrites qui aiment faire leur prières debout dans les synagogues, nous dirions aujourd’hui les églises ou les temples, et les carrefours afin d’être vus des hommes car nous dit le Christ nous recevons alors notre récompense, mais une récompense humaine. Se montrer aux offices ou dans différentes associations et réunions ne peut que conforter notre rang social mais sûrement pas provoquer le regard bienveillant de Dieu. Quand nous prions seuls nous devons le faire dans notre chambre la plus retirée, verrouiller notre porte et adresser notre prière à notre Père qui est là dans le secret.

Cette prière doit être réfléchie, sincère et engager la totalité de notre être. Nous n’avons pas à demander dans une prière une réussite à un examen, de quoi acheter un beau vêtement ou même la nourriture dont notre corps a besoin. Jésus s’est montré très critique envers ceux qui se servent de la prière pour obtenir des avantages personnels qui en aucune façon ne devraient être leur souci premier (Mt 6, 31ss ; Lc 12, 30ss.). Ces prières là relèvent aux yeux du Christ d’une inquiétude injustifiée et d’un manque de foi car Dieu sait ce dont nous avons besoin et nous devrions avoir confiance et savoir qu’Il ne nous laissera pas démuni même si ses voies nous sont cachées.
Jésus nous a enseigné le Notre Père à nous tous, catholiques romains, orthodoxes, protestants. Nous y demandons notre pain de chaque jour mais rappelons nous qu’il s’agit d’un pain à la fois nourriture pour notre corps mais aussi nourriture spirituelle car ce pain devrait toujours être le signe du partage, de l’échange et de l’unité.

L’apôtre Matthieu nous dit que la prière doit être un acte d’abandon à Dieu (Mt 7, 11) et l’apôtre Luc, que par la prière Dieu nous communique son Saint Esprit, qui nous donne la force de rester fidèle au Christ et de proclamer sa Parole quoi qu’il arrive (Lc 11,13). Pour l’apôtre Jean avec la prière, nous rendons témoignage à Dieu et à Jésus parmi les hommes (Jn 14, 13-14).

La prière est donc le moyen que nous avons de demander à Dieu que son Esprit Saint descende sur nous et, que pétris et fortifiés par sa Parole, nous allions dans le monde la faire résonner afin qu’il devienne meilleur. Chacun de nous, à son niveau, a une responsabilité devant cette injonction.

Ce sont ces prières là que Dieu exauce. Et si jamais il nous semble ne pas être entendus, s’il nous semble être insultés, persécutés, contraints, angoissés pour Christ, sachons vivre de la seule grâce de Dieu car nous dit l’apôtre Paul : « Lorsque que je suis faible, c’est alors que je suis fort ».

La prière est le moyen pour que l’Esprit Saint nous anime et pour que les communautés que nous formons se rencontrent et vivent en paix entre-elles. Qu’elles aient la plus haute estime avec amour pour ceux qui veillent sur elles, prêtres, popes, pasteurs, hommes politiques, enseignants, industriels, artisans, agriculteurs… Que ces communautés donnent du courage à ceux qui en ont peu, qu’elles soutiennent les faibles, qu’elles soient patientes envers tous, qu’elles ne rendent pas le mal pour le mal mais qu’elles recherchent toujours le bien entre-elles et à l’égard de tous.

La prière est indispensable pour que Dieu nous donne l’intelligence et la force de manifester par des actions concrètes l’unité qui nous est donnée en Christ pour que chacun de nous trouve la paix et l’épanouissement.
Par notre baptême et sa confirmation, par le partage du pain et du vin, corps et sang du Christ, nous avons été choisis pour suivre les chemins tracés par la Parole et pour, conduits par l’Esprit Saint, accomplir la volonté du Seigneur, afin que le monde rassemblé deviennent meilleur et marche uni vers le Royaume.

Par la prière, la lecture de la Parole et sa méditation, recherchons le Seigneur puisqu’Il se laisse trouver, appelons le puisqu’Il est proche. Il nous manifestera sa tendresse.

Pierre ZUBER
Massiac, le 20 janvier 2008.