Prédication du 08/01/2012

Marc 4, 1-9; Esaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Ps 72

A nouveau Jésus enseigne. Il est sur les bords de la mer de Galilée ou lac de Tibériade. La foule est si nombreuse qu’il n’a plus de place sur la plage et qu’il doit monter dans une barque, sur la mer et de là il lui parle en parabole avec dans ce passage rapporté par l’évangile de Marc un semeur qui sème du grain dont une partie tombe au bord du chemin, rapidement mangé par des oiseaux et donc perdu, une autre partie dans un terrain pierreux  qui lève aussitôt et périt  par manque d’eau, une troisième partie dans des épines qui l’étouffent  et enfin une quatrième partie dans  une bonne terre  où le grain germe, croît et donne du fruit, trente, soixante ou cent pour un.

Plusieurs lectures peuvent être faites de cette parabole. « Qui  a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » nous dit Jésus.

Qui est le semeur ? Dieu ? Jésus ? Les prophètes ? Des hommes tout venants? Qui est le grain ? Qui sont les sols, le pierreux, celui rempli d’épineux, les terres plus ou moins généreuses ?

Cette parabole peut  être entendue de façon différente selon que nous nous plaçons avant la venue du Christ, pendant sa venue ou après.

Avant sa venue, le semeur est vraisemblablement Dieu, le grain, la parole révélée aux prophètes, les sols, les bons et les mauvais prophètes mais aussi l’ensemble des hommes et en particulier la hiérarchie religieuse.

Au moment de sa prédication, le Christ semble bien être le semeur, le grain ses paroles ou Evangile, les sols, les hommes et les femmes de cette terre.

Aujourd’hui le grain est le corpus biblique avec toutes les paroles dites aux prophètes et celles rapportées par les évangiles. Les sols destinés à recevoir ce grain, c’est l’Eglise corps du Christ constituée d’hommes et de femmes plus ou moins généreux, plus ou moins engagés, plus ou moins soucieux des autres. Tous reçoivent la Parole, certains porteront du fruit, d’autres n’en feront rien.

La Parole de Dieu doit être semée en tous lieux. C’est une parole fragile soumise aux aléas du quotidien des hommes comme le grain est soumis aux aléas géographiques et climatiques

Nous sommes responsables de sa diffusion auprès de tous ceux que nous rencontrons mais un bon enseignement n’est pas que parole, il est aussi actes et exemples. Une fois la Parole semée, l’exemple donné, les actes accomplis il ne nous appartient pas de veiller à la germination du grain et à la croissance des plantes. Comme Eglise corps du Christ nous devons semer la Parole, la proposer. C’est là notre seule responsabilité même si des grains doivent se perdre d’autre seront là pour compenser la perte. Imaginer un système politique,  administratif, social qui veillerait à la croissance de cette parole aux seins des peuples et à sa traduction dans la vie de tous les jours est contraire à l’éthique de cette parabole et de l’Evangile.

La Bible, qui est la trace écrite par des hommes de cette Parole, est  un livre comme beaucoup d’autres, intéressant sur le moment mais oublié dès qu’il est refermé.  C’est là la fragilité de la Parole, mais cette Parole peut donner du fruit, soulever des populations entières et manifester  toute sa puissance.  L’Histoire, parfois même la plus récente, est riche d’exemples où le désir de justice et d’amour du prochain bouleverse l’ordre établi.

La Parole de Dieu n’est pas seulement destinée à un petit nombre d’élus. Elle s’adresse à tous. Elle est, nous dit l’apôtre Paul, un même héritage pour tous, même les païens. Ils sont tous membres du même corps, associés à la même promesse.

Cette Parole,  avec la venue du Christ,  nous est dite comme jamais elle ne l’avait été auparavant. C’est l’Evangile révélée par l’Esprit aux saints apôtres, aux prophètes et à la multitude.

Cette Parole est celle qui fera briller Jérusalem et illuminera l’univers, alors les nations et leurs responsables marcheront vers elle.

P. ZUBER

 

Prédication du 04/12/2011

Marc 1, 1-8. Esaïe 40, 1-8. 2 Pierre 3, 8-14.Psaume 57

Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
« Celui qui est plus fort que moi vient après moi,
et je ne suis pas digne, en me courbant,
de délier la lanière de ses sandales.
Moi je vous ai baptisé d’eau, mais lui
vous baptisera d’Esprit Saint. »

Esaïe comme Jean Baptiste ont le sentiment de la venue proche du Seigneur et nous appellent à nous préparer pour le recevoir et rendre droits ses chemins. La lettre de Pierre nous rappelle que pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Dieu se manifestera à nous et son règne viendra mais il ne nous appartient pas d’en connaître le moment. En revanche nous devons être prêts à rencontrer le Seigneur à tout instant.

Aujourd’hui nous sommes le deuxième dimanche de l’avent et nous sommes à la fin « de la longue attente ». Jésus, le sauveur, le fils de Dieu que nous attendons tous reviendra comme il est venu il y a 2000 ans. Depuis le 4ème siècle, nous célébrons sa naissance le 25 décembre de chaque année. Cette date est depuis toujours chargée d’espérance puisque avant l’ère chrétienne elle était la grande fête de la renaissance du soleil et donc la promesse de la continuité des temps et de la vie. Pour nous autres chrétiens, Noël est la promesse d’un monde nouveau, royaume promis, où selon les prescriptions de Dieu annoncées par les prophètes et rappelées dans les évangiles, chacun voudra pour son voisin ce qu’il aimerait pour lui-même dans une égalité totale de droits et de devoirs. Cet engagement moral, philosophique, politique, social, religieux, véritable vie nouvelle, nous l’affirmons par le sacrement du baptême.

A l’image des habitants de Judée nous devons nous faire baptiser. Ce baptême était avec Jean Baptiste un baptême d’eau ; il est devenu avec Jésus un baptême dont l’intensité et la signification rappelle la force ravageuse du feu. Comme après un  incendie violent et destructeur, il remet tout en question et nous impose de nous reconstruire et de poser les jalons d’une vie nouvelle. Ce baptême est un commencement. Par lui nous sommes remplis d’Esprit Saint. Cet Esprit nous éclaire et donne àla Parolede Dieu  rapportée par le texte biblique une dimension inégalée qui pour nous a force de loi. Une loi intemporelle, supérieure à toutes les lois humaines. Une loi qui trace nos chemins pour un monde meilleur, un monde juste, un monde Royaume de Dieu.

La parole de Dieu doit être notre guide. Nous ne pouvons pas nous contenter de n’être chrétiens que le dimanche à l’heure du culte ou lors de circonstances particulières. Nous devons être chrétiens dans notre famille, avec notre femme ou notre mari, nos enfants, nos parents, nos proches. Nous devons l’être aussi au travail, dans la vie associative, dans notre façon de consommer, de préserver les ressources naturelles, d’éviter les pollutions multiples et variées. Nous devons l’être encore devant nos responsabilités citoyennes par notre vote ou par des implications d’ordres divers dans la vie de la cité.

Aujourd’hui, dans le monde occidental, nous jouissons d’une relative liberté et de l’assurance de droits égaux et préservés. Les lois de nos différents pays sont en principe identiques pour tous les habitants et s’appliquent de façon égale à tous. Ce n’est pas le cas dans tous les pays du monde et certains n’ont pas pour tradition de reconnaître aux hommes et aux femmes le droit d’exister en tant qu’individus et d’être égaux en droits et en devoirs. Internet et la diffusion de la pensée occidentale et démocratique semblent beaucoup plus efficaces pour l’évolution de ces pays que leurs pratiques socio politiques ou leurs religions traditionnelles, même si les campagnes restent peu touchées par les médias modernes et ont,  par endroits pour un temps encore, porté au pouvoir des partis conservateurs.

Le monde occidental à la chance d’avoir connu le christianisme. Le monde romain, puissant, structuré mais profondément inégalitaire a basculé en trois siècles. Le christianisme devenu alors religion d’état a perdu de sa pertinence mais l’essentiel est resté et, bien que bridé par quelques classes dominantes, il a suscité la Réforme puis les philosophes, la constitution américaine et dans la foulée les démocraties modernes. Le monde d’aujourd’hui est loin d’être parfait et n’est pas encore porte du Royaume, mais des progrès ont été incontestablement accomplis. L’égalité entre les hommes et les femmes est une idée qui s’impose au monde. Les notions de races supérieures ou inférieures ne résistent pas à l’analyse scientifique. L’esclavage est devenu un crime …

Toutes ces évolutions et bien d’autres encore sont contenues dans les évangiles et proposées par elles. Soyons fiers d’être chrétiens et n’ayons pas peur d’affirmer nos valeurs. A la manière de Jean Baptiste devenons les messagers de cet évangile libérateur. Des peuples espèrent après nous, allons vers eux leur faire connaître la parole de Dieu et les baptiser  d’eau  afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint et « qu’ils s’engagent envers Dieu d’une bonne conscience ».

P. ZUBER

Prédication du 02/10/2011

Matthieu 21, 33-43 ; Esaïe 5, 1-7 ; Philippiens 4, 6-9

Dans l’évangile de Matthieu, un enclos clôturé avec soin, une tour, un pressoir et une vigne plantée avec amour de ceps beaux et vigoureux sont confiés à des vignerons alors que le maitre s’en va au loin. Dans le livre d’Esaïe, ce sont des plants de choix qui sont installés sur un coteau  plantureux avec une tour dans laquelle un pressoir est creusé. Mais les plants ne donnent que de mauvais raisins.

Chez Esaïe, la vigne est la maison d’Israël et chaque membre de la maison un cep de cette vigne. Dieu les a installés sur un coteau plantureux et ils ne donnent que de mauvais fruits. Dans l’évangile de Matthieu nous avons un degré supplémentaire de responsabilité avec des vignerons, une vigne et des ceps. Au temps du Christ, la Palestine est occupée par les romains et les chefs politiques qui étaient aussi des chefs religieux dirigent le pays en se soumettant aux ordres de l’occupant pour préserver leurs privilèges. Ces chefs religieux sont les vignerons de la parabole. A sa lecture, nous pourrions croire que le peuple asservi à ces hommes et, à travers eux, à l’occupant romain n’a aucune responsabilité dans l’échec que Dieu constate. Il n’en est rien et le texte d’Esaïe est là pour nous rappeler notre responsabilité d’individu devant tout événement ou toute situation de notre monde.

Ce monde aujourd’hui va mal. La misère, la précarité, la famine progressent partout. La Grèce est au bord de la faillite. L’Irlande, le Portugal, l’Italie ne vont guère mieux. Les banques françaises sont plombées par des emprunts toxiques. L’école de la République aggrave les différences sociales là où elle devrait les aplanir. Les services publics sont démantelés. Les riches ont multiplié par trois leurs avoirs en quelques années alors que les classes moyennes supportent l’essentiel de l’effort fiscal. Les pauvres sont de plus en plus pauvres et sont aujourd’hui 8 millions en France à vivre au-dessous du seuil dit de la pauvreté. La volonté, l’incompétence, les égoïsmes et l’irresponsabilité de quelques uns, au plus haut niveau des états, sont sûrement responsables de cette évolution dramatique et pernicieuse, mais par notre passivité et notre manque d’engagement nous sommes complices de ces pratiques inacceptables. Une vigne ne donnent pas de bons fruits par la faute des vignerons mais aussi par la faute des ceps.

Dieu nous a tout donné. Il nous a placés au sommet de sa création, nous a donné sa Parole et l’Esprit Saint  et parce qu’Il voulait nous faire confiance, Il est parti au loin pour que nous soyons totalement libres. Cette création qu’il nous a confiée, il l’a préparée avec amour comme un maitre prépare sa vigne pour que nous autres, ceps ou vignerons, y soyons le mieux possible.  Cette liberté, Il l’a voulue pour nous et c’est la raison de son absence. Cette liberté  est un des socles de notre croyance et elle est fondamentale car, sans elle, nous nous ne serions pas à l’image de Dieu. Mais cette liberté est aussi la raison de notre entière responsabilité, celle des descendants d’Adam et Eve chassés du paradis terrestre pour avoir mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et être devenu des êtres conscients mais responsables.

Prenons garde à notre environnement physique, social, politique, religieux… Ne rendons pas la terre inhabitable, agissons partout avec détermination, justice, douceur et amour à la mesure de nos dons respectifs et selon la Parole de Dieu dans un souci constant de paix et d’unité. Prenons garde à ne pas être comme ces vignerons qui rouent de coups et  tuent les serviteurs du maitre puis son propre fils et plantent des croix partout où ils se trouvent.

P. ZUBER

Prédication de 12/09/2012

Matthieu 18, 21-35 ; Genèse 50,15-21 ; Romains 14, 7-9

Un maître demande des comptes à son serviteur  qui ne peut pas honorer la dette qu’il a envers lui. Le maître décide le punir mais devant son repentir il lui pardonne et lui accorde un délai. Le maître compatit et propose une nouvelle alliance à ce serviteur qui  a failli. Le serviteur pardonné sort de chez son maître, rencontre un de ses débiteurs le roue de coups et le traîne en prison sans accepter de lui laisser un délai pour payer sa dette et de lui donner une nouvelle chance.

Le maître est Dieu, le serviteur est un homme comme nous autres tous ici rassemblés. La justice de Dieu n’est pas celle des hommes. Dieu pardonne, Dieu comprend, Dieux est miséricordieux, Dieu renouvelle son alliance. Les hommes sont lents au pardon, sont lents à la miséricorde et trop souvent voient la paille qui est dans l’œil de leur voisin alors qu’ils ignorent la poutre qui est dans le leur. L’histoire de la relation de Dieu aux hommes est une succession d’alliance déçues et pourtant toujours renouvelées.  Dieu a choisi l’homme pour le mettre au sommet de sa création et lui en confier sa gestion. Trop souvent nous oublions que cette terre et tout ce qu’elle porte est création de Dieu et que nous ne sommes propriétaire de rien. Nous disposons de certains biens le temps de notre vie. Nous devons les faire fructifier, les entretenir au mieux, les transmettre à ceux qui nous suivent comme nous les avons reçus de ceux qui nous ont précédés. Ces biens sont aussi variés que l’ensemble des activités humaines. Ils vont de notre environnement le plus proche à l’espace en général, de la terre cultivée et nourricière aux ressources minières et pétrolière, du bien-être de notre famille à celui de la société et de la totalité des pays du monde, de nos connaissances scientifiques, littéraires, philosophiques, artistiques à la Parole de Dieu….De tout cela nous devons être soucieux et en rendre compte à Dieu. La qualité de notre relation à Dieu dépend de notre sérieux, de notre honnêteté et de notre rigueur dans la gestion de la part de la création dont nous sommes responsables. Nous ne devons être indifférents à rien. Toute injustice, toute dégradation de l’environnement, tout abus dans l’utilisation des ressources, toute guerre, toute maladie, tout malheur, tout disfonctionnement social ou politique doit nous mobiliser et La parole de Dieu lue dans la Bible et là pour nous dire notre conduite devant ces situations.

Durant l’été et la vacance de nos cultes,  l’actualité internationale et  nationale fut riche. Je citerai le déplorable feuilleton de l’été où nous avons vu un homme promis aux plus hautes responsabilités trébucher pour ne pas avoir su maitriser des pulsions comparables à celles d’un vieux mâle dominant en rut. Puis ce même homme et sa femme ont choqué le monde ou au moins une partie de ce monde par un déballage d’argent, alors que le plus grand nombre vit au quotidien des difficultés financières avec parfois même des difficultés pour se nourrir, se loger ou faire éduquer ses enfants. Puis ce fut l’annonce entre autre choses de la fin du bouclier fiscal pour 2013 ou 2015 et le ménage dans des niches fiscales mais aussi le relèvement immédiat du plafond de l’ISF qui est un cadeau immédiat et conséquent à ceux qui déjà possèdent le plus. L’actualité a aussi été celle de la reconduite aux frontières ou dans des camps de rétention d’hommes de femmes et d’enfants comme vous et moi que nos sociétés rejettent depuis des siècles. Cette fois-ci ce ne sont pas les autobus de la RATP emblématiques du camp de Drancy de 1942 qui ont servi à ces déplacements mais une rame de tramway. Parfois même les enfants, dans les cris et les pleurs, ont été séparés de leurs parents. C’est là une justice d’homme et non la justice de Dieu ou celle de Joseph envers ses frères dans le texte de la Genèse.

Ces situations ne sont pas conformes à la Parole de Dieu ni à ce que Dieu attend de nous.  Nous aurons sur chacun de ces points et beaucoup d’autres encore des comptes à rendre. Nous devons aller dans le monde où par notre conduite et nos engagements nous ferons retentir la Bonne Parole, l’Evangile, et où notre justice sera à l’image de celle que nous enseigne Dieu. Le monde s’approchera alors du royaume attendu.

P.  ZUBER

Prédication du 03/02/2008 (Pierre ZUBER)

Matthieu 5, 1-12
Matthieu 12, 22-37
1 Corinthiens 1, 26-31

Ceux qui sont mal aimés, ceux qui sont faibles et doux, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui sont miséricordieux, ceux qui ont le cœur pur, ceux qui font œuvre de paix, ceux qui sont persécutés pour la justice, ceux que l’on insulte doivent être heureux et vivre dans la joie et l’allégresse.

Ce texte des béatitudes est difficile à comprendre et même à accepter. Nous devons être heureux et exprimer notre joie alors que chaque jour de cette vie nous apporte à nous et à ceux qui nous entourent son lot de difficultés avec des soucis de tous ordres. Souci d’argent pour ceux dont les salaires n’augmentent pas et dont les loyers sont chaque mois plus chers. Souci au supermarché où le prix du panier de la ménagère ne cesse de croître et où nous devons faire des choix de plus en plus restrictifs. Souci devant des vacances qui bientôt ne seront plus possibles ou alors très écourtées. Souci devant l’incertitude au travail pour nous même et pour nos enfants avec en fond de scène le spectre du chômage et de la précarité. Souci devant le droit à la santé qui bientôt ne sera plus et la santé sera un luxe réservé aux riches. Souci devant l’école qui selon le quartier sera bonne ou mauvaise…Les lois du libre échange, de la concurrence effrénée, des profits toujours plus grands pour des lendemains financiers meilleurs sont aujourd’hui une règle. Tous les jours des gens compétents et savants nous démontrent que l’Europe, que certains disent chrétienne, ne peut espérer exister qu’en acceptant les conditions dictées par le marché. Aux Etats-Unis les choses ne vont guère mieux et dans ce grand pays dirigé par un homme qui se réclame la main sur le cœur du christianisme évangélique, des milliers de foyer modestes se trouvent à jamais ruinés par le système surprimes qui en revanche a très largement profité à certains organismes bancaires qui aujourd’hui nous font part dans la douleur de pertes conséquentes en taisant savamment les profits antérieurs.

Doit-on gouverner et construire un pays pour les seuls profits et l’argent en éliminant tous ceux, qui pour des raisons diverses, sont incapables d’intégrer le système ? Ou bien pouvons nous imaginer une autorité supérieure dont les objectifs seraient un développement industriel durable, un commerce équitable et une réelle politique sociale dans toutes les dimensions de la vie des hommes ?

Nous avons sûrement, en tant qu’hommes et femmes, citoyens de tous les pays, responsables parentaux, une responsabilité dans ces choix et les béatitudes sont là pour nous rappeler qu’au plus profond de nos désespoirs et de notre misère, nous devons espérer et retrouver le chemin de la joie et de l’allégresse car Dieu n’ignore rien, Il est là, à nos côtés, pour nous secourir et nous sauver. Chaque passage de la Bible nous affirme sa présence en toutes circonstances. Faisons confiance à son Saint Esprit pour chasser les démons qui nous habitent et qui habitent ceux qui nous entourent. Vivons selon sa Parole pour qu’elle triomphe, pour que faibles nous devenions forts, pour que nos folles espérances d’égalité et de justice pour tous deviennent réalité, pour que l’argent et le pouvoir ne soient plus des richesses et pour que l’amour constructeur, roboratif et respectueux des différences devienne la règle de notre relation aux autres.

Pierre ZUBER
Aurillac, le 3 février 2008

Prédication de la Semaine de l’Unité des Chrétiens (Pierre ZUBER)

« Priez sans cesse »
(1 Th 5, 17)

Semaine de l’unité des chrétiens 2008 

Jean 17, 6-21
Es 55, 6-9
1 Thessaloniciens 5, 12a et 13-18

Cette lettre de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens choisie pour inspirer les prédications du centenaire de la Semaine pour l’unité des chrétiens est sûrement le plus ancien texte chrétien qui nous soit parvenu. Paul écrit cette lettre en 50 après Jésus Christ et il s’adresse à une communauté de la ville portuaire de Thessalonique, capitale de la province romaine de Macédoine, dont la plupart des membres sont vraisemblablement d’origine juive car les juifs étaient nombreux en cette ville riche et commerçante. Paul avait travaillé à Thessalonique quelques temps auparavant et il y avait annoncé l’Evangile réunissant autour de lui une assemblée de fidèles devenue l’Eglise de Thessalonique qui malgré son jeune âge souffrait déjà de dissensions.

Paul exhorte cette jeune communauté à vivre en paix : « vivez en paix entre vous » leur dit-il et, pour cela, il les invite à « prier sans cesse ».

La prière qu’elle soit personnelle ou communautaire est essentielle dans la vie des croyants. La prière est un temps privilégié qui permet d’approfondir notre relation à Dieu et à sa Parole et la relation à nos semblables, nos frères et sœurs de toutes conditions, de toutes origines, de toutes couleurs de peau.

Priez ensemble est important car là où deux ou trois sont réunis au nom du Christ, il est au milieu d’eux et quand nous prions seuls, il ne faut pas être comme les hypocrites qui aiment faire leur prières debout dans les synagogues, nous dirions aujourd’hui les églises ou les temples, et les carrefours afin d’être vus des hommes car nous dit le Christ nous recevons alors notre récompense, mais une récompense humaine. Se montrer aux offices ou dans différentes associations et réunions ne peut que conforter notre rang social mais sûrement pas provoquer le regard bienveillant de Dieu. Quand nous prions seuls nous devons le faire dans notre chambre la plus retirée, verrouiller notre porte et adresser notre prière à notre Père qui est là dans le secret.

Cette prière doit être réfléchie, sincère et engager la totalité de notre être. Nous n’avons pas à demander dans une prière une réussite à un examen, de quoi acheter un beau vêtement ou même la nourriture dont notre corps a besoin. Jésus s’est montré très critique envers ceux qui se servent de la prière pour obtenir des avantages personnels qui en aucune façon ne devraient être leur souci premier (Mt 6, 31ss ; Lc 12, 30ss.). Ces prières là relèvent aux yeux du Christ d’une inquiétude injustifiée et d’un manque de foi car Dieu sait ce dont nous avons besoin et nous devrions avoir confiance et savoir qu’Il ne nous laissera pas démuni même si ses voies nous sont cachées.
Jésus nous a enseigné le Notre Père à nous tous, catholiques romains, orthodoxes, protestants. Nous y demandons notre pain de chaque jour mais rappelons nous qu’il s’agit d’un pain à la fois nourriture pour notre corps mais aussi nourriture spirituelle car ce pain devrait toujours être le signe du partage, de l’échange et de l’unité.

L’apôtre Matthieu nous dit que la prière doit être un acte d’abandon à Dieu (Mt 7, 11) et l’apôtre Luc, que par la prière Dieu nous communique son Saint Esprit, qui nous donne la force de rester fidèle au Christ et de proclamer sa Parole quoi qu’il arrive (Lc 11,13). Pour l’apôtre Jean avec la prière, nous rendons témoignage à Dieu et à Jésus parmi les hommes (Jn 14, 13-14).

La prière est donc le moyen que nous avons de demander à Dieu que son Esprit Saint descende sur nous et, que pétris et fortifiés par sa Parole, nous allions dans le monde la faire résonner afin qu’il devienne meilleur. Chacun de nous, à son niveau, a une responsabilité devant cette injonction.

Ce sont ces prières là que Dieu exauce. Et si jamais il nous semble ne pas être entendus, s’il nous semble être insultés, persécutés, contraints, angoissés pour Christ, sachons vivre de la seule grâce de Dieu car nous dit l’apôtre Paul : « Lorsque que je suis faible, c’est alors que je suis fort ».

La prière est le moyen pour que l’Esprit Saint nous anime et pour que les communautés que nous formons se rencontrent et vivent en paix entre-elles. Qu’elles aient la plus haute estime avec amour pour ceux qui veillent sur elles, prêtres, popes, pasteurs, hommes politiques, enseignants, industriels, artisans, agriculteurs… Que ces communautés donnent du courage à ceux qui en ont peu, qu’elles soutiennent les faibles, qu’elles soient patientes envers tous, qu’elles ne rendent pas le mal pour le mal mais qu’elles recherchent toujours le bien entre-elles et à l’égard de tous.

La prière est indispensable pour que Dieu nous donne l’intelligence et la force de manifester par des actions concrètes l’unité qui nous est donnée en Christ pour que chacun de nous trouve la paix et l’épanouissement.
Par notre baptême et sa confirmation, par le partage du pain et du vin, corps et sang du Christ, nous avons été choisis pour suivre les chemins tracés par la Parole et pour, conduits par l’Esprit Saint, accomplir la volonté du Seigneur, afin que le monde rassemblé deviennent meilleur et marche uni vers le Royaume.

Par la prière, la lecture de la Parole et sa méditation, recherchons le Seigneur puisqu’Il se laisse trouver, appelons le puisqu’Il est proche. Il nous manifestera sa tendresse.

Pierre ZUBER
Massiac, le 20 janvier 2008.

Prédication du temps de Noël (Serge GUILMIN)

Noël 2007

« Jésus étant né à Bethléem de Judée
au temps du roi Hérode
voici que des Mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent :

« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu son astre en Orient et nous sommes venus lui rendre hommage
»

A cette nouvelle le roi Hérode fut troublé
et tout Jérusalem avec lui
Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple,
et s’enquit auprès d’eux du lieu où le Messie devait naître.
« A Bethléem de Judée lui dirent-ils, car c’est ce qui est écrit par le prophète :
Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple. »
Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l’époque à laquelle l’astre apparaissait et les envoya à Béthléem en disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant : et, quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi j’aille lui rendre hommage ».
Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route : et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à l’Orient, avançait devant eux jusqu’à ce qu’il vint s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant.
A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie.
Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

Petits et grands, parents et enfants, réunis ces temps-ci dans toutes les églises se réjouissent et chantent la bonne nouvelle de Noël. Ce n’est pas seulement une histoire de l’Ancien Orient mais c’est aussi notre histoire. Noël ce n’est pas un anniversaire, mais la célébration d’un événement. L’événement de la venue dans le monde de Jésus et Noël est le commencement de sa vie. C’est aussi notre propre naissance. Ce n’est pas notre anniversaire. C’est plus que notre anniversaire. C’est la fête de notre entrée dans le monde. Pour certains, c’est déjà bien loin, pour d’autres c’est tout proche. La joie qui jaillit de toute naissance, de notre propre naissance, est associée à la naissance de Jésus.

La naissance de Jésus nous rappelle aujourd’hui tous les événements qui se produisirent sur un espace de quelques kilomètres, entre Bethlèem et Jérusalem, puis sur un espace plus grand depuis les montagnes de Galilée jusqu’aux étoiles, puis sur un espace pour nous plus grand encore parce qu’on peut s’y rendre sur le dos d’un chameau : entre la Perse et l’Ancien Canaan devenu Israël. Entre des terres minuscules et d’immenses territoires et espaces. Il n’y avait pas de place au relais de Bethléem et l’enfant dû naître dans la paille, là où les chevaux de poste se reposaient de leurs longues courses. Ah ! C’est bien cela l’humanité des Quand on dit « humanité » on voudrait penser « attention aux autres », « générosité », prise en compte au moins d’un enfant qui va naître… mais non, l’humanité a trop à faire, elle n’a le temps de rien, elle n’a pas de place, tout est loué à l’hôtel, il n’y a qu’un petit espace possible auprès des bêtes. Et l’enfant naît dans la saison froide, comme les bêtes dans nos campagnes où nos paysans ne sortent même pas de leurs demeures bien chauffées pour les assister. La vie sauvage n’a pas cessé. La douleur n’est pas faite que de cris et de pleurs mais aussi du silence de celui qui n’est pas entendu ni reçu.

Jésus, le Christ des Ecritures, ce sont nos douleurs qu’il a porté, ce sont toutes les misères du monde qu’il assume. Si nous célébrons aujourd’hui sa naissance, c’est pour ne rien manquer de toute sa vie. Depuis le début ses premiers regards ont vu que c’était à lui à remplir le rôle de sauveur du monde, qu’il avait, dans cette situation même, à remplir un mandat, afin que la vie humaine ne soit pas laissée sans critique aux mains des pouvoirs de violence, d’idéologie, ou d’apparatchiks de toute sorte qui pensent mieux gouverner en décimant des populations entières ou en les enfermant dans des systèmes de contrainte et de terreur.

Administrations sans conscience n’est que ruine de toute la terre. Les Romains ne furent pas les premiers et, hélas, le siècle qui vient d’être vécu a produit les plus redoutables ennemis de l’homme sous les couleurs de tous ses rêves possibles, de toutes ses utopies. Le commerce entre les hommes, leurs échanges de produits et de techniques ont toujours fait l’essentiel de leur activité. Mais pour que l’échange soit possible et honnête, encore faut-il que soient réunies les conditions de la paix, et que la fraude n’ait point de place. Pour que gouvernent sereinement les élus des peuples et leurs diplomaties encore faut-il qu’ils n’observent pas leur seul intérêt et qu’ils ne cherchent pas à s’incruster dans les pouvoirs pour toute la vie et pour tous leurs proches. Ors, tout se passe comme dans un jardin d’enfants : c’est à qui construira la plus haute tour, le plus grand building, l’avion le plus prestigieux, à qui atteindra la plus grande vitesse, à qui sera le champion aux jeux olympiques sans être inquiété de quel pouvoir il se fait l’allié, sans la compassion du bouddhisme en des régions du monde où le bouddhisme demeure la culture fondamentale, même là où il est sauvagement réprimé.

Les Mages venus d’Orient ne sont pas à assimiler avec ceux qui disent la bonne aventure. Ils sont comme les ancêtres de la NASA qui scrutent les étoiles et essaient de comprendre non seulement en quel monde nous sommes, mais en quel cosmos. Ils sont déjà, sans le savoir des astronomes et non des astrologues. Il est même probable que l’astre d’Orient dont il est question soit la comète de Halley, celle qui est passé à quelques millions de kilomètres de la terre. On pouvait l’apercevoir et elle reviendra la prochaine fois 75 ans plus tard… Mais le texte de Matthieu n’est pas celui des astronomes mais celui de témoins de la vie de Jésus et qui cherchent à mettre en relation des épisodes très lointain de l’histoire du monde et des phénomènes qui s’y produisent.

Le premier testament est compris comme le livre qui annonce sur cette terre la venue d’un Messie, d’un roi sublime qui ne ressemble à aucun des rois de la terre, un roi qui pense à chacun de ses administrés au lieu de penser à lui-même et à sa carrière de roi. On se souvient alors des anciens prophètes, ceux qui parlaient tout le temps du droit et de la justice et qui désignaient Béthléem, de Judée, comme le point de départ de la vie du Messie.

Ce n’était pas la capitale, ce n’était pas Jérusalem, mais Bethléem, en hébreu le nom de cette localité veut dire : « la maison du pain ».
Les auteurs de l’Evangile, scribes plein de culture, le savent bien. Et les Mages qu’ils mettent en scène le savent bien : Jésus devient la véritable lumière du monde, celui par qui tout vivant se reconnaît et est reconnu.
Et nous pourrions dire alors que dès ce moment nous renonçons à cette manière de voir selon un système d’étiquettes : untel est comme ceci ou comme cela et il ne changera jamais. Telle autre personne ressemble à toutes celles qu’elle fréquente. D’autres portent des culpabilités qui empêchent tout pardon, toute réconciliation… Tous ces jugements ne font plus partie du monde nouveau qui s’annonce en Jésus-Christ. Il ne revient à personne le droit de décréter qu’il n’y a plus de chemins.

Les Ecritures sont comme surchargées, comme habitées par plusieurs histoires. Celles que la mémoire a gardées depuis des millénaires et celle qui arrivent maintenant. Si bien que le récit de Noël fait porter le regard sur tout ce qui a fait de notre monde et ce qu’il est aujourd’hui et auquel nos participons. Un monde où la justice est possible, un monde qui n’est pas fait que de compassion et de lointaine pitié. La politique des hommes ne saurait se réduire à être simplement « compassionnelle », une aumônerie de misère à l’égard de ceux qui souffrent tandis que dans le même temps la recherche scientifique serait du ressort d’associations privées et que les flux d’argent (c’est à dire de puissance d’action) seraient détournés vers les démonstrations d’une insolente richesse.

Il est significatif que l’on dise dans notre langage que quelqu’un qui a acquis une certaine aisance matérielle est parvenu ou bien qu’il est arrivé comme si telle situation enviable était le but enfin atteint de l’existence. Mais l’enfant de Noël entre la crèche et la croix n’est pas arrivé. Il a apporté au cercle de ses disciples, puis aux foules importantes qu’il rencontrait de quoi mettre dans le langage et dans la pratique de la vie de tout autres objectifs, des comportements tout autres. Dans la multitude des êtres, nombreux ont reçu un appel, une parole qui a donné à leur vie le courage et l’intelligence de travailler à un monde autre, à se détourner de la sollicitation des grandes puissances pour mettre en oeuvre leur volonté de guérison du monde, d’appel à une société où chaque individu retrouve sa spécificité, le service qu’il rendra au mieux de ses forces et de ses capacités conjuguées d’amitié et de solidarité. Chacun trouvera de quoi traduire en toutes langues du monde les droits de l’homme (Human rights). Ainsi Noël, fête de la naissance de Jésus, fête de la bienveillance et de l’amour des enfants devient une fête non pas de négoce et de démonstration de richesse, mais de cet esprit nouveau qui emporte loin de nous tout ce qui nous fait prendre les autres pour des étrangers avec lesquels on ne saurait s’accorder.

Toute pensée heureuse des hommes, toute pensée généreuse, toute attention aux autre vient désormais du Messie de Béthléem. La rencontre de Jésus sur nos chemins de pensée, c’est en même temps la rencontre des vivants, la naissance de nos paroles devenues paroles de fraternité et de confiance là où elles n’étaient peut-être que de défiance.

L’amour vient contredire les grands vents de l’hiver et nous appelle au partage de la joie sans pareille associée à la présence du Messie, Jésus de Bethléem, roi des Juifs, nos frères, roi des musulmans, nos frères, roi des catholiques, orthodoxes, des protestants de tout bord, des incroyants de tout bord à la recherche néanmoins d’une justice et d’une paix dont ils ignorent la source, Jésus roi de quiconque se met en chemin, met en oeuvre toutes ses ressources de critique constructive, d’intelligence solidaire et de joyeuse liberté.

Serge GUILMIN
Aurillac, le 16 décembre 2007

Prédication du 18/11/2007 (Pierre ZUBER)

Luc 21, 5-19
Malachie 3, 7-12
2 Thessaloniciens 3, 7-12
Psaume 98

Toutes les constructions humaines, fussent-elles des temples à l’ornementation précieuse et recherchée, gorgés d’ex-voto, fussent-elles de grands empires, fussent-elles de savantes hiérarchies sociales, religieuses ou intellectuelles, sont vouées à la destruction. Notre histoire connue est riche de ces exemples. Babylone était une ville au centre d’un empire magnifique, Persépolis, Suse, Bagdad, lui succédèrent. Alexandre le Grand s’engouffra dans ces immensités pour bientôt y être relayé par Rome. Que sont devenus les royaumes égyptiens et soudanais, les Empires d’Orient et d’Extrême-Orient, le Reich millénaire, les prétentions franquistes et mussoliniennes ?

L’arrogance, l’orgueil, la soif de pouvoir et de richesses éphémères sont la source des drames quotidiens que nous connaissons avec les horreurs des multiples guerres, les pogromes de toutes sortes, la Shoah, les génocides perpétrés en Croatie et en Serbie, mais aussi l’exploitation irresponsable des ressources de la terre, la pollution des océans et de l’atmosphère, le réchauffement de la planète et les catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes.

Jésus nous propose un autre modèle mais il sait que ceux qui suivront ses enseignements seront les victimes de la vindicte populaire et des pouvoirs en place. A cause de son nom ils seront livrés aux synagogues, mis en prison, traînés devant les rois et les gouverneurs.

Sous Louis XIV, au temps des dragonnades et des persécutions pour fait de religion, ceux qui nous ont précédés dans le protestantisme ont du souvent méditer ce texte ou ceux semblables de Marc ou de Matthieu et ils ont du y trouver la force de continuer leur combat pour plus de justice, d’égalité et d’amour du prochain.

Aujourd’hui nous avons la chance de vivre dans un pays démocratique ou nul n’est inquiété s’il se dit chrétien ou d’une autre religion. Mais cette liberté est fragile et il nous appartient d’être à chaque instant vigilants afin qu’elle reste pleine et entière pour tous. Pour les français de souche mais aussi pour ceux qui nous rejoignent parce que la France qu’ils connaissent à travers sa littérature, ses philosophes, son histoire et ses lois est pour eux une grande espérance. Sachons ne pas les décevoir et rappeler à ceux qui nous gouvernent que l’Histoire nous apprend qu’ils sont souvent pour notre pays une grande richesse.
Si nos constructions humaines aussi belles soient-elles seront un jour détruites, toutes nos actions inscrites dans la tradition biblique d’accueil et d’ouverture aux autres seront une pierre de plus apportée à l’édifice indestructible de la pensée humaine qui depuis le mouvement prophétique ne cesse de croître et de s’enrichir avec la première renaissance des grandes abbayes bénédictines, la Renaissance et l’humanisme dans lesquels s’est inscrit le mouvement réformateur, les philosophes du 18ème siècle, les démocraties des siècles suivants.

La Parole de Dieu nous invite à aller toujours plus loin pour une société plus juste. C’est la façon de gagner la vie.

Mais au quotidien cette vie est parfois difficile et notre société ne donne plus à certains la possibilité de gagner le pain qu’ils mangent. C’est à dire d’être des hommes debout, des hommes libres, des hommes à la charge d’aucun d’entre nous comme nous le conseille l’apôtre Paul. Des hommes dont les parents seraient fiers et dont les enfants imiteraient l’exemple.
Ces hommes et ces femmes sont trop nombreux, et leur nombre ne cesse de croître en raison d’une logique de profit aveugle et de l’ignorance des lois sociales et des droits dits de l’homme.

Nous devons à chaque instant être vigilants et présents sur le front des revendications pour une société plus juste. C’est pour nous une occasion de témoignage.

Jésus nous rappelle que nous n’avons rien à craindre des autorités mêmes contraires car, par la lecture de la Bible et sa méditation éclairée par le Saint Esprit, par cette Parole chaque jour vivante, nous aurons les réponses à toutes les questions qui nous seront posées.

Pierre ZUBER
Aurillac, le 18 novembre 2007

Prédication du 11/11/2007 (Serge GUILMIN)

Luc 20,27-40

(27) Alors s’approchèrent quelques Sadducéens. Les Sadducéens contestent qu’il y ait une résurrection. Ils lui posèrent cette question : (28) « Maître, Moïse a écrit pour nous : Si un homme a un frère marié qui meurt sans enfants, qu’il épouse la veuve et donne une descendance à son frère. (29) Or, il y avait sept frères. Le premier prit femme et mourut sans enfant. (30) Le second, (32) puis le troisième épousèrent la femme, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfant. (33) Finalement la femme mourut aussi. (33) Eh bien ! cette femme, à la résurrection, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme, puisque les sept l’ont eue pour femme ? »
(34) Jésus leur dit : « Ceux qui appartiennent à ce monde-ci prennent femme ou mari. (35) Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts ne prennent ni femme ni mari. (36) C’est qu’ils ne peuvent plus mourir, car ils sont pareils aux anges : Ils sont fils de Dieu puisqu’ils sont fils de la résurrection. (37) Et que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même l’a indiqué dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. (38) Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants pour lui. » (39) Quelques scribes, prenant la parole, dirent : « Maître, tu as bien parlé. » (40) Car ils n’osaient plus l’interroger sur rien.

Le texte de Luc ne manque pas de nous interpeller parce qu’il déroge aux termes habituels, tant de fois ressassés de savoir s’il y a un autre monde, une résurrection, etc. On peut voir ici que la question de la résurrection ne date pas de Jésus, le Christ selon les Ecritures ni de ses compagnons mais qu’elle est posée bien avant les événements de la Passion. Et il est certain qu’elle est posée, quoiqu’en des termes différents au coeur de toute culture humaine.

Le dialogue entre Jésus et les Sadducéens part sur la base d’un récit plutôt comique d’une femme qui n’en finissait pas de se remarier successivement avec sept frères avant de disparaître elle-même et toujours sans descendance. Les Sadducéens ne croient pas à la résurrection et cela les différencie des Pharisiens qui apparemment ne comprennent plus la Bible comme dans le haut judaïsme où l’on évoque, selon les psaumes, la fin de la vie comme un séjour dans le shéol hors de toute vie.

La discussion qui intervient ici se place entre trois formes d’approches, trois sources d’arguments : la tradition aristocratique des Sadducéens dont Luc fait remarquer ailleurs qu’ils ont bien profité de leur vie de riche et qu’ils n’ont rien à attendre de plus, l’expérience des Pharisiens, assez littéralistes, qui ont assez souffert depuis plusieurs siècles face aux Grecs puis aux Romains pour espérer que la vie, tout de même, doit bien avoir quelque part un autre sens. Et puis Jésus qui fait un cours de lecture de telle sorte que les Sadducéens, devenus perplexes sur leur propre lecture n’osent plus poser de question.

Nous restons là avec nos Ecritures et Jésus. Jésus semble tout d’abord redoubler l’argument des Pharisiens : il y aurait un monde, celui que nous connaissons et il y aurait un arrière-monde dont nous n’avons rien à apprendre. Mais ce n’est pas pour faire une leçon de superstructures que Jésus prend ici la parole. Dans ce monde il en va ainsi : on prend mari et femme et on ne pense qu’à la descendance, à l’accumulation des biens, aux héritages et autres sources de dissensions. Les Sadducéens en savent quelque chose, eux qui se prennent pour l’élite de la société.

A ce point de vue dominant : acceptation des alliances entre l’aristocratie et Rome, Jésus oppose une tout autre scène. Il ne méprise pas les expressions populaires qui perdurent depuis toujours, tout au moins dans les régions autrefois touchées par la prédication de Zoroastre : les anges, les cieux, la vie éternelle, etc. Le discours qui conviendrait à Lourdes ou en tant de lieu où s’épuisent des pélerins perdus dans leurs patenôtres. Mais ce langage est destiné à attirer l’attention jusque-là captée par les Sadducéens. L’idée de « Dieu » que la majorité des gens peuvent avoir (aujourd’hui encore) est associée à la mort, au passage dans un autre monde, et par conséquent à la médiation que représente la prêtrise.

La réforme protestante a libéré les esprits en mettant fin à cette sujétion sacerdotale. Et reprenant le geste de Jésus, elle a retrouvé le chemin de l’Ecriture, ce chemin qui est à la fois spirituel (propre à inspirer de nouvelles pensées) culturel (rencontre d’autres peuples, langues et cultures) et propre à détacher d’un sacré qui écarte de la durée et de l’ « épaisseur » historique : il ne se passe pas une seule chose à la fois dans la vie, et même dans l’esprit de chacun. On ne vit pas seulement sous les yeux d’un père ou d’un tuteur unique.

Les auteurs bibliques ont bien vu que l’on ne saurait nommer Dieu comme les Babyloniens nommaient leurs divinités en leur donnant des visages propres à fasciner le peuple et à lui faire accepter les lubies des princes. Le Dieu de Moïse, regardé comme le leader religieux primordial dans le judaïsme est désigné ici comme apparenté aux patriarches Abraham, Isaac et Jacob. Les Patriarches ne sont pas des divinités, mais comme Moïse, ils continuent, par les récits qui les évoquent à donner sens et cohérence à un déplacement. Ce déplacement dont Moïse assure la continuité, tout comme les prophètes qui suivront, et malgré leur difficulté à s’exprimer, c’est la vie sans fin suscitée par la parole créatrice. incomprise des Sadducéens qui, mauvais élèves de la leçon, quittent la salle de cours. Les scribes, intellectuels attachés aux Ecritures, eux ont entendu. Ils ne cherchent pas à confirmer le peuple dans ses croyances (que l’on pourrait appeler sans mépris aucun des croyances de secours) mais à faire en sorte qu’il se déplace vers ce qui à ses yeux est encore voilé. Il ne servirait à rien de déménager autoritairement les statues de plâtre qui enlaidissent les édifices religieux. Cela ne pourrait se faire qu’après un long chemin avec le peuple qui croit honorer à travers elles tout un peuple de légendes. Il faudrait pour cela rien moins que de se sentir responsables d’une culture nouvelle fondée sur une reprise de l’écoute des textes bibliques qui ne serait pas une écoute de religieux enfermés en eux-mêmes mais en même temps une entente avec les paroles étalées dans d’innombrables romans où les hommes et les femmes (se) racontent. Thomas Pavel, professeur de Chicago, parle à propos de la littérature de commérage ( !) Il ne méprise pas la littérature, pas plus la littérature biblique que la littérature mondiale, et il prend intérêt aux péripéties par lesquelles chaque auteur cherche désespérément à se comprendre. Ceux qui croient au ciel ne sont pas mieux lotis que ceux qui croient à la négativité de toute chose, aux toujours-demain qui chanteront, aux cités radieuses en vue desquelles on pourrait faire accepter aujourd’hui tous les sacrifices, toutes les morts sans sépultures, toutes les vexations paradoxalement placées sous le chapitre de « révolution culturelle ».
Tout se passe comme si l’on avait écrémé la Bible de telle sorte que ce serait les croyances dérisoires du peuple qui auraient été retenues et non point les enseignements de Jésus. Les paraboles, qui sont comme des équations que chaque existence est amenée à résoudre, les enseignements johanniques et pauliniens qui élèvent l’homme en liberté et en responsabilité, ne sont pas de l’ordre des croyances naïves.

C’est en ce sens que nous sommes les filles et les fils d’Abraham en aussi grand nombre que les étoiles que nous ne pouvons dénombrer, d’Isaac dont le rire parcourt les siècle, de Jacob, dont l’honnêteté douteuse a été relevée d’une façon tout à fait inattendue par un frère épris de réconciliation. La résurrection, au siècle des siècles, n’est pas la répétition, le bégaiement de l’histoire, mais l’avancée au coeur de nos errances et commérages d’une écoute qui ne serait plus entravée par des préjugés sans avenir, des déterminations de l’être des autres, des catégories issues d’une société, certes mal en point, mais qui comporte des paramètres de déplacement, de métanoia (conversion, comme savent le faire les skieurs ! retournement de l’esprit, littéralement, changement de l’orientation générale de la vie) qui ne mise pas sur la destruction de l’autre mais compte sur une vie ensemble faite de meilleure écoute et reconnaissance.

La croyance en la résurrection selon les pharisiens est mentionnée, bien entendu, après la résurrection de Jésus. Ce sont les évangélistes qui en font le récit. Ils sont les témoins non pas de quelque chose qui leur serait extérieur et qui ferait l’objet de leur recherche, mais de ce qui se passe en eux quand ils s’étonnent, s’émerveillent de ce que les choses dans leur vie ne se passent pas conformément aux idées qu’ils pouvaient se faire. Ils vivent comme des ressuscités.
C’est le beau risque de toute écoute des Ecritures : vivre aujourd’hui comme des ressuscités.

Serge GUILMIN
Aurillac, le 11 novembre 2007